Découvrez les jurés de l’appel à projets Audi talents 2017

Les jurés

Gilles Alvarez

Il définit les artistes numériques comme « des divergents qui posent une couche d’indétermination entre la réalité et sa représentation ». Diplômé en sciences politiques, ancien cinéaste et exploitant de salles de cinéma, Gilles Alvarez s’est passionné aux premières heures pour le potentiel créatif des arts numériques. Un potentiel qu’il a exploré au sein de l’établissement public de coopération culturelle d’Île-de-France, Arcadi.

Inventeur, en 1997, et directeur au fil des années d’un Festival Némo d’avant-garde, il dirige depuis 2015 la Biennale Internationale des Arts Contemporains Numériques de Paris – Île-de-France. Les expositions qu’il a programmées («Cinéma interactif» et «Regards caméra» au Forum des images, «Cinéma d’ameublement» à la Fondation Paul Ricard, «Out of the Blue/Into the Black » à la Biennale de Montréal, « Troublemakers » ou « Prosopopées » au CENTQUATRE-Paris…) ont jalonné l’histoire d’un genre hybride, transdisciplinaire et perpétuellement en mouvement.

En attendant, comme il l’annonce « d’être remplacé par un programme automatique de direction artistique aux environs de l’an 2025 », il prépare la prochaine Biennale Némo qui se déroulera du 4 octobre 2017 au 31 mars 2018 dans une cinquantaine de lieux franciliens. Il aura, entre-temps, prêté son regard de spécialiste à la désignation des lauréat Audi talents awards 2017.

Emilie Pitoiset

Le médium lui importe peu. Diplômée à la fois des Beaux Arts de Paris et en Science du Langage puis, en Esthétique, la lauréate Audi talents awards Art Contemporain 2010 convoque des personnages et des récits surréalistes qu’elle infuse indifféremment dans ses expositions, installations, sculptures, vidéos et performances. Elle envisage les pratiques dans un décloisonnement propice à des déformations susceptibles de briser le « goût institutionnel ».

Le rôle de juré dans la nouvelle formule du programme Audi talents 2017 semble ainsi taillé pour elle. « Lorsque je fais des jurys, j’adore m’investir dans les projets et développer un état analytique pour comprendre chacune des strates. C’est un travail intellectuel qui me stimule. », confie l’artiste désormais exposée et collectionnée dans plusieurs musées et galeries (Centre Pompidou, Palais de Tokyo, galeries Klemm’s à Berlin ou Kate Werble à New York, Schirn Museum à Francfort, Casino à Luxembourg, etc. ).

Quant à savoir ce qu’elle attend, difficile de le projeter. « L’innovation, c’est un peu une épée de Damoclès, estime-t-elle. On se demande déjà comment résister ! Réclamer d’être surpris me paraît une injonction assez violente. J’ai plutôt envie de rentrer dans des mythologies personnelles, partir en voyage et même être déstabilisée. Mais le plus important, c’est de considérer les moments de jurys comme des temps de travail avant tout, c’est une forme d’accompagnement en soi.”

http://www.emiliepitoiset.net

Romain Tardy

Se définissant comme un artiste visuel plutôt que numérique, Romain Tardy travaille autour de questions liées à notre façon d’être dans un monde contemporain partiellement dématérialisé. Débuté par des pratiques non technologiques (installations, dessins, beaux-arts), son parcours s’est nourri des expériences du VJing et des cultures électro avant de se porter dans le champ des installations lumineuses et sonores.

Qu’il se pose sur une architecture brutaliste en Pologne ou sur les cactus d’un jardin botanique au Mexique, son travail, toujours in situ, questionne le rapport de l’Homme à la machine et ce qu’il induit dans notre rapport au paysage, à la distance, à l’intimité. « Je ne vois pas la technologie comme un outil, précise-t-il, mais comme une façon de parler du monde dans lequel on est. »

Particulièrement parlante à ses yeux, la nouvelle approche transdisciplinaire du programme Audi talents lui semble très intéressante. « Un croisement des pratiques me paraît nécessaire, dit-il. C’est en hybridant les choses qu’on arrive à en créer de nouvelles. » Quant à son rôle de juré ? « Je m’attends à ce à quoi je ne m’attends pas ! », pirouette-t-il. Mais il espère voir les discussions se focaliser sur le concept des projets.  « Je crois, dit-il, que les artistes ont une responsabilité dans le fait de soulever les questions que révèle le temps présent et d’anticiper celles de l’avenir. »

http://www.romaintardy.com/

Ionna Vautrin

Elle vient de dessiner, pour la SNCF, la petite lampe nomade qui équipera les nouvelles rames du TGV L’Océane et d’achever la scénographie de l’exposition Game ChangHer à la Galerie du VIA à Paris, dans le cadre des D’Days. Lauréate en 2011 du Grand prix de la création de la Ville de Paris, Ionna Vautrin continue d’explorer un design aux confins de la poésie et de l’industrie.

Aimant à combiner les formes géométriques et organiques dans un esprit souvent espiègle, la jeune designer collabore avec différentes marques et éditeurs tels que Foscarini, Moustache, Kvadrat, Christian Dior, Sancal, JCDecaux, Lexon ou Serralunga… Elle se réjouit du côté transdisciplinaire du concours qu’elle va arbitrer. « Le propre du métier de designer, dit-elle, est de s’ouvrir aux autres ». Et si elle est déjà sensible au graphisme, à la vidéo ou aux arts plastiques, elle espère expérimenter de nouvelles porosités.

« J’aimerais être surprise par les thèmes engagés, mais encore par le traitement plastique qui doit le sublimer, confie-t-elle. Les nouvelles technologies sont forcément porteuses d’un champ d’action innovant intrinsèque. Mais c’est aussi dans les sujets abordés que les artistes peuvent innover. J’attends un projet qui puisse avoir un futur, se déployer, se décliner et s’enrichir avec le temps. Grandir en fait ? C’est presque une base de travail ! »

http://www.ionnavautrin.com

Chiara Parisi

Historienne des arts, elle vient d’ouvrir à la Villa Médicis un cycle d’expositions d’un an et demi dédié à la création contemporaine, inauguré il y a trois mois avec Annette Messager et poursuivi depuis début mai avec  « One day I broke a mirror », de Yoko Ono et Claire Tabouret. Romaine, vivant en France depuis de nombreuses années, Chiara Parisi a partagé en divers endroits sa passion pour l’art contemporain.

Directrice de la Monnaie de Paris jusqu’au mois de janvier dernier, elle avait dirigé auparavant l’important Centre d’Art de l’Ile de Vassivière, dans le Limousin. C’est là, se rappelle-t-elle, qu’elle avait pour la première fois entendu parler du programme Audi talents awards ; en programmant l’exposition du jeune Cyprien Gaillard tout premier lauréat du concours en art contemporain.

De la transdisciplinarité désormais à l’œuvre dans le programme, elle dit ne pouvoir que se réjouir. « C’est toujours mieux, dans l’absolu, d’éviter les catégories, sourit-elle. Chaque production artistique est de toute façon individuelle et originale. La différence ne se fait qu’au moment de la formalisation. » Dans son rôle de juré, lui plaît particulièrement l’idée de renouer avec le côté recherche. « Chaque projet artistique doit selon moi pousser en avant, par sa composition politique, sociale ou technologique. Le rôle de l’art est d’émanciper. »

Photo : Philippe Lévy