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Rony Hotin : la reconnaissance de l’auteur

Il a travaillé pour Disney, sur les très remarqués « Sahara » ou « Petit Prince »… : 5 ans après avoir reçu l’Audi talents award Court-Métrage qui lui a permis de réaliser le multi-primé « Vagabond de Saint-Marcel », le talentueux Rony Hotin publie sa première BD. Focus sur les inspirations, le parcours et les projets d’un jeune concepteur-réalisateur de films d’animation à suivre de très près.

Vous semble-t-il loin « Le Vagabond de St-Marcel » qui vous a valu l’Audi talents award Court-Métrage en 2012 ? Qu’avez-vous fait depuis ?

Pas tant que ça. Le film est sorti en 2013 et j’ai l’impression d’avoir surfé depuis lors sur la vague générée par la couverture médiatique du projet. J’ai reçu dès le lendemain de la première projection de nombreuses sollicitations. J’ai pu intégrer en tant qu’auteur graphique la pré-production d’un projet très intime de Paul Mc Cartney. On m’a associé à une équipe de créateurs qui devaient proposer plusieurs identités graphiques. La réception de scénarios pour le grand écran a globalement marqué un grand tournant pour moi. J’ai travaillé comme metteur en scène sur « Le Petit Prince » de Mark Osborne césarisé l’an dernier, et sur le long métrage de Pierre Coré « Sahara » qui est toujours à l’affiche et sur le point d’atteindre le million d’entrées.

 

 

C’est la BD qui fait aujourd’hui votre actualité avec la sortie de l’album « Momo » avec Jonathan Garnier chez Casterman. Quid de cette nouvelle aventure ?

J’aime beaucoup relever le défi de l’empathie ! Quand on me présente des personnages qui doivent séduire parce qu’ils vivent des choses particulières, ça me va ! Le scénario de Jonathan Garnier était directement destiné au grand écran, mais sachant que j’avais déjà deux projets en cours, nous avons eu  idée de passer par l’édition pour voir si ça ne pourrait pas être un accélérateur vers l’animation. Sur le plan du travail, je mets en scène un texte : c’est exactement la même chose ! Je suis aussi sincère quand je m’adresse au lecteur. L’approche est seulement plus intimiste et plus artisanale. « Momo » raconte la vie d’une petite fille de 5 ans qui vit avec une grand-mère très aimante dans un village où il ne se passe pas grand-chose. Bien que la BD soit classée « jeunesse », mon leitmotiv est de m’adresser à tout le monde. On aimerait que les gens s’habituent à Momo et que les plus jeunes puissent grandir avec elle, comme ma génération a grandi avec Titeuf. On reste à l’écoute, tout en intégrant le fait que je pourrais participer à l’adaptation dans un projet d’animation.

 

Quand avez-vous éprouvé pour la première fois un sentiment d’accomplissement ?

Je pense que ça a vraiment été au lendemain des Audi talents awards. J’ai eu la chance de sortir de l’école des Gobelins, mais l’inconvénient d’avoir une étiquette d’exécutant est qu’on peut être considéré comme un très bon technicien mais pas forcément comme un bon auteur. Même si Disney m’a beaucoup aidé, personne ne me faisait encore confiance en France pour raconter mes histoires. C’est là que le prix a été un vrai tremplin pour moi. J’ai gagné cette crédibilité. Aujourd’hui, on me contacte pour réaliser des séquences spéciales, des génériques, pour intégrer une équipe en tant qu’exécutant, et on me demande de faire du Rony Hotin. C’est la meilleure des consécrations.

 

 

Quels sont vos nouveaux projets ?

Je suis engagé, aux côtés des Films d’Ici, dans un projet écrit par le scénariste Jérôme Piot  et dont le titre provisoire est « Sidi Kaba et la Porte du Retour ». Il s’agira d’une fiction en animation retraçant la vie du premier esclave à franchir la porte du non-retour. C’est un sujet dur, sur la traite négrière et le marché triangulaire. J’ai de très bons rapports par ailleurs avec Station Animation, le studio qui a réalisé « Sahara » avec lequel je développe différents projets dont je préfère ne rien dire par superstition tant qu’ils ne sont pas plus avancés !

 

 

Avez-vous un graal ? Une chose à accomplir que vous considérez comme un rêve professionnel ?

Par chance, j’ai atteint assez vite ce qui peut être considéré comme un graal par beaucoup de mes collègues, comme travailler avec de grosses productions telles Disney.  Si j’avais un désir, ce serait celui que ça dure le plus longtemps possible, que je puisse être autonome et raconter mes histoires comme je le souhaite sans avoir de comptes à rendre. La seconde d’animation coûte cher et quand on est accompagné pour faire un film, on fait en sorte qu’il n’y ait pas de gâchis. Souvent l’auteur a peu de marge de manœuvre. Mais pour le moment je m’estime déjà extrêmement chanceux !

Rony Hotin

Diplômé de l’école de l’image Gobelins, co-lauréat du prix du meilleur film de fin d’études à Annecy en 2010… Quand il a décroché l’Audi talents award du Court Métrage en 2012, Rony Hotin avait 26 ans seulement et déjà un parcours révélateur de qualités exceptionnelles. Réalisé grâce à son prix, « Le Vagabond de St-Marcel » a rencontré un beau succès en festivals et nombre encore de distinctions y compris internationales telles que le Grand Prix au prestigieux Taafi de Toronto. Auteur graphique chez Disney pendant quatre ans, il a travaillé sur « Le Petit Prince » de Mark Osborne et sur « Sahara » de Pierre Coré. Il vient de publier sa première BD.