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Mortifère beauté

La réalisatrice Magali Magistry teinte d’un réalisme magique tous ses films, de Vikingar à Expire, son dernier court-métrage qu’elle vient d’achever sous les auspices Audi talents awards. Une recette qu’elle espère appliquer bientôt à un format plus long.

Une jeune femme d’une beauté fragile, à la fois frondeuse et douce… Auréolée tout le long du film d’un onirique brouillard, elle traîne sa solitude dans la ferme familiale puis dans la campagne environnante. Pourtant, au fil des minutes de ce court-métrage, on réalise que ce sublime Smog est un nuage ultra pollué, dans lequel il n’est possible d’évoluer qu’harnaché d’un masque à gaz… Bienvenue dans le futur très noir de Magali Magistry. « Mais ce monde ultra pollué n’empêche pas les pulsions de vie… C’est ce que j’ai voulu montrer à travers Expire », explique la réalisatrice, qui a beaucoup travaillé les décors, les costumes et la post-production de ce film d’anticipation.

« Je m’astreins à toujours proposer une image la plus réaliste possible. Ce qui m’intéresse ce n’est pas la technologie liée au futur mais plutôt de montrer un monde proche de nous, qui nous paraisse familier. Le côté plausible permet de créer de l’empathie », développe la jeune femme. De fait, c’est l’actualité, le quotidien qui ont donné à Magali Magistry l’idée de ce scénario « J’ai voulu montrer comment il était possible de conserver de la beauté et de l’humanité dans un monde que nous détruisons consciencieusement. L’idée m’est venue en mars 2015 pendant un pic de pollution, j’ai été touchée par le paradoxe de cette image de la Tour Eiffel noyée dans un nuage. La photo était esthétiquement très séduisante mais alarmante… J’ai alors eu l’idée d’écrire ce scénario », se souvient la cinéaste.

Elle offre un film très silencieux, à l’atmosphère porteuse de narration comme c’était déjà le cas avec Vikingar. A l’époque, elle nous baladait à travers les landes islandaises, d’une époque à l’autre avec une virtuosité déconcertante. Pour construire ses films, Magali Magistry aime à s’inspirer du cinéma de genre « Le film de genre permet d’ouvrir le spectre des possibilités de mises en scène sur des sujets de fond. J’ai par exemple beaucoup aimé Morse de Tomas Alfredson, une histoire d’enfants vampires qui parle d’une amitié salvatrice, tout en faisant frissonner le public.»

Expire, coproduit, entre autres, par Arte et Audi talents awards, sera diffusé sur la chaîne franco-allemande dans les semaines qui viennent puis ira poursuivre sa vie dans les festivals, porté par une actrice formidable, Juliette Bettencourt, « une jeune danseuse à la fois endurante, courageuse et ingénue qui incarne à merveille ce personnage absolument prêt à se battre pour son idéal. » C’est armée de cette même passion que Magali Magistry envisage de poursuivre désormais vers le long-métrage pour continuer à nous parler du monde tel qu’il ne va pas… Mais toujours avec finesse, subtilité et un sens inouï de la beauté, ses marques de fabrique.