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Dans le secret des machines

Les designers Raphaël Pluvinage et Marion Pinaffo ont retenu l’attention du jury des Audi talents awards 2016 avec « Papier Machine ». Un projet ludique qui révèle la magie de ce qui se cache dans les technologies de notre quotidien…

 

Quel projet se cache derrière « Papier Machine », lauréat des derniers Audi talents awards dans la catégorie Design ?

Marion Pinaffo : Il s’agit d’un cahier de jeux en papier imprimé d’encres conductrices pédagogique qui ambitionne d’expliquer le fonctionnement de l’électronique.
Raphaël Pluvinage : Montrer ce qui se cache derrière la magie de nos boîtes noires, tous ces composants électroniques, véritables mystères qui accompagnent notre quotidien. Par exemple, comment un écran est capable de suivre le mouvement du téléphone lorsque celui-ci passe de la verticale à l’horizontale. Dès que l’on ouvre ces machines, on découvre des architectures microscopiques, des fonctionnements très simples, mais invisibles à l’œil. Les vues macro de ces circuits permettent de comprendre qu’il y a une histoire physique et chimique assez simple à déchiffrer. L’idée du cahier est d’exposer en grand format ces circuits…

L’idée est de se réapproprier ces objets du quotidien ?

Marion Pinaffo : Oui, se les réapproprier en démontant ces capteurs « magiques » tout en recréant une forme de magie. Ces « jouets électroniques » seront pliés, montés, collés… Et adjoints à des piles, ils se mueront en véritables circuits électroniques. On aime imaginer des objets intuitifs qui provoquent des expériences, qui sont porteurs d’une idée que l’on cherche à démontrer. Ici montrer que dans l’électronique, il y a de la matière.
Raphaël Pluvinage : On ne veut pas forcément proposer un objet purement didactique mais on invite plutôt les gens à se réapproprier cet univers. On n’expliquera pas avec des mots mais on permettra au public de jouer avec certains principes. On a toujours travaillé avec des objets en interaction… Des jeux ou des jouets que l’on prend plaisir à manipuler.

Votre parcours a-t-il été déterminant dans l’édification de ce projet ?

Raphaël Pluvinage : J’ai suivi des études à l’école d’ingénieurs de Compiègne en filiale design. J’aimais les expériences en laboratoire que je trouvais fascinantes et qui ont complété mon esprit scientifique.
Marion Pinaffo : Moi je me suis plutôt jetée dans l’intuition et la création. J’ai suivi une filiale Arts Appliqués au lycée. J’ai toujours aimé inventer des choses. Depuis mes études à l’ENSCI-Les Ateliers, je navigue entre le graphisme et le design, un pont que j’ai consolidé lors de mon stage à Londres chez Doshi & Levien, des designers qui ont un sens très fort du graphisme et des couleurs.

Comment le travail en binôme a enrichi votre propos ?

Raphaël Pluvinage : Travailler en duo permet de gagner en puissance et en audace. J’aime cette émulation. Prendre des risques c’est important pour un designer et être à deux le permet. J’observe beaucoup les nouvelles technologies et comment elles vont influencer nos modes de vie. Je voulais donc montrer quels en seront les enjeux.
Marion Pinaffo : De mon côté, je regarde plus dans le passé. Je m’intéresse aux rites populaires, au folklore, dont on peut se servir pour établir des installations, des systèmes contemporains. Je veux créer des formes riches de sens qui impulsent un imaginaire.

Ou en êtes-vous du projet ?

Marion Pinaffo : Nous nous organisons en ce moment pour mettre en forme Papier Machine et contactons des laboratoires de recherche et imprimeries. Pour le moment, l’électronique imprimée relève soit de la recherche soit de l’industrie pure et n’a pas encore été expérimentée par le champ artistique. On explore un territoire totalement inconnu.
Raphaël Pluvinage : Pour l’instant, nous réalisons tout nous-même mais à toute petite échelle. Au final, nous devrions proposer une collection complète de 12 à 14 objets.