Découvrez
les autres actualités

Coralie Fargeat, le premier long dans le genre

La lauréate Audi talents awards Court-Métrage 2013 vient d’achever le tournage de son premier long métrage. Regards sur le parcours surdoué d’une jeune réalisatrice déjà à part dans le paysage cinématographique français.

Le tournage de votre premier long métrage vient de s’achever au Maroc. Qu’est-ce qui a changé entre la Coralie Fargeat qui concourait aux Audi talents awards en 2013 et la Coralie Fargeat d’aujourd’hui ?

Ouh la la… beaucoup de choses ! L’aventure de ce film a été un parcours du combattant. J’ai été en apnée pendant presque un an et demi pour porter ce projet compliqué à monter. C’est un film atypique : un revenge movie comme on n’a pas du tout l’habitude d’en voir dans le paysage cinématographique français. Mais j’avais la foi chevillée au corps parce que j’avais le sentiment d’avoir trouvé mon cinéma, ma manière de m’exprimer. J’ai bataillé avant que le film ne se monte et pendant le tournage pour ne rien lâcher. Ca m’a renforcée. J’ai été d’une détermination à toute épreuve !

Reality +, que vous avez réalisé grâce à votre Audi talents award a été très bien accueilli et a reçu de nombreux prix. Que retenez-vous de ce parcours ? 

Les festivals et les prix apportent une vraie reconnaissance. C’est grâce au succès de Reality + que j’ai pu rencontrer mes producteurs (Marc-Etienne Schwartz et Marc Stanimirovic), que tout a été plus facile… Le plus dur est d’attirer l’attention de ceux avec qui on a envie de travailler. Le fait d’avoir cette vitrine-là à présenter a accéléré les choses. C’est vraiment ce qui m’a propulsée.

Pouvez-vous nous parler de ce long métrage à venir ?

Le film s’appelle Revenge. Il a été tourné en français et en anglais avec un cast international (Matilda Lutz, Kevin Janssens, Vincent Colombe et Guillaume Bouchède). C’est un revenge movie entre Kill Bill et Délivrance, un univers très tranché, très sanglant, très jusqu’au-boutiste qui laisse une vraie place à la mise en scène. Ce qui m’intéresse, c’est de créer des ambiances qui amènent ailleurs. L’histoire en deux mots : trois hommes d’une quarantaine d’année se retrouvent dans une villa isolée dans une zone désertique de canyons pour leur partie de chasse annuelle. Cette fois, l’un d’eux vient avec sa maîtresse, une jeune lolita qui attire la convoitise des deux autres. Les choses ayant mal tourné, la jeune femme est laissée pour morte au milieu du désert. Sauf qu’elle n’est pas morte… Et qu’elle va se venger… La partie de chasse se transforme en chasse à l’homme en plein milieu du désert… La trame narrative est à dessein très simple et c’est le traitement qui fera toute sa spécificité.

Justement, quelle est la place de l’univers visuel dans votre cinéma ?

Il est prépondérant ! C’est l’Adn du film : l’ambiance, l’atmosphère, liées bien sûr à la narration et à l’histoire, c’est ce qui me porte. J’aime créer visuellement des univers assez reconnaissables. C’était évident dans Reality +. Ce sera complètement le cas dans Revenge. Il y aura un vrai parti-pris visuel et sonore avec une très grande importance de la musique aussi. La musique originale sera signée du compositeur Rob qui a travaillé sur les films de Rebecca Zlotowski ou sur Le Bureau des Légendes. L’aspect sonore du film fait partie de son univers assumé. Je cherche toujours la frontière entre accessibilité et innovation. La part d’expérimentation est dans la manière de raconter l’histoire. C’est ce que j’aime chez les cinéastes que j’admire comme Cronenberg ou Tarentino : il y a toujours un fil narratif simple et fort qui nous immerge dans des univers très riches et complexes.

Quelle réalisatrice aimeriez-vous être ? Aspirez-vous à être considérée comme une réalisatrice de genre ?

C’est une très bonne question ! J’aimerais être une réalisatrice de genre(s), mais pas d’un seul genre ! Le genre m’intéresse dans toutes ses variétés : fantastique, science-fiction,  polar, thriller… J’aimerais explorer plein de genres, ne pas refaire la même chose, même si dans les thématiques et dans la manière de traiter les histoires on peut voir des similitudes ou des obsessions qui reviennent de film en film. J’aimerais trouver ma manière spécifique de raconter les choses en continuant à expérimenter de nouvelles manières de faire et à me surprendre moi-même. Mais c’est déjà un peu le cas avec ce film-là qui est très différent de Reality +.

Coralie Fargeat

Elle dit avoir toujours voulu être réalisatrice. Diplômée de Sciences-Po Paris, Coralie Fargeat commence à travailler sur des tournages comme assistante à la mise en scène avant de réaliser son premier court-métrage, Le Télégramme, en 2003. Auréolée de quatorze prix d’Aubagne à Saint-Petersbourg, la jeune femme intègre l’Atelier scénario de la Fémis et mûrit le projet d’un deuxième court-métrage plus proche de l’univers de genre qui l’attire. C’est avec le scenario de Reality + qu’elle remporte l’Audi talents award en 2013. Tourné grâce à son accompagnement en 2014 à Paris, le film a reçu lui aussi de nombreux prix internationaux. Son premier long métrage Revenge vient de finir de se tourner au Maroc.